J’ai testé le seul vélorail de l’Essonne, entre Saint-Cyr-la-Rivière et Étampes

À peine a-t-il ouvert que les curieux se bousculent déjà pour parcourir les six kilomètres du tout nouveau — et unique — vélorail essonnien ; le deuxième en Île-de-France, après celui de la Ferté-Gaucher, en Seine-et-Marne. « Je suis passionné par le ferroviaire depuis mon plus jeune âge » me confie Philippe Rainsant, le patron et initiateur du projet qui m’accueille. Il me fait visiter son local technique où gisent de nombreuses pièces métalliques : « huit vélorails sont en service, mais il y a de quoi en fabriquer douze », m’indique-t-il.

Philippe Rainsant a vendu son entreprise dans le domaine du luminaire pour se consacrer à son projet de vélorail. Photo LC-M’Essonne

Six kilomètres, bientôt treize

Le Vélorail de la vallée de la Juine a fait ses premiers tours de roue mi-juillet et je m’apprête à prendre le convoi de 14 heures. Au départ d’une ancienne usine d’électronique située avant Saclas et Boissy-la-Rivière, les engins suivent l’ancienne voie ferrée jusqu’aux portes d’Étampes, sur 6 kilomètres. À terme, il sera possible de relier la capitale de l’Étampois à Méréville, pour une longueur totale de treize kilomètres : « ça a été un crève-cœur de démarrer d’ici et pas d’Étampes… Peut-être l’an prochain » projette Philippe Rainsant. Il faut dire que rendre à nouveau praticable une voie abandonnée depuis 1969 n’est pas une mince affaire : arbres, arbustes et broussailles ont su lui donner du fil à retordre, sans compter les traverses abîmées ou cassées. Qu’à cela ne tienne, avec la chaleur écrasante de ce jour-là, les six kilomètres que je m’apprête à parcourir suffiront largement à mes jambes qui préfèrent d’ordinaire fouler le sol plutôt que d’activer un pédalier.

Le vélorail sera accessible à pied depuis la gare RER d'Etampes. Photo LC-M'Essonne
Le vélorail sera accessible à pied depuis la gare RER d’Étampes, peut-être dès l’été prochain. Photo LC-M’Essonne

14 heures. Après avoir écouté les consignes de sécurité, je me hisse aux commandes de l’un des vélorails avec comme copilote, Anthony le stagiaire de Philippe. Chaque engin peut transporter jusqu’à quatre adultes et deux enfants. Pour les plus jeunes, un faux vélo se déplie entre les deux conducteurs et, bien qu’il fonctionne dans le vide, donne à ces derniers l’illusion de participer à l’effort collectif. C’est parti pour le premier tour de roue. Comme tous les vélos à assistance électrique, il faut atteindre un certain rythme pour que l’engin prenne son envol et la draisine fait son poids : environ 250 kilos. Il fait chaud, mais les premières impulsions donnent envie d’appuyer encore plus fort sur les pédales pour découvrir le parcours.

Tout en pédalant, j’ai tenté un autoportrait.. Moins facile que de garder la vitesse de croisière ! Photo LC-M’Essonne

Le quai fantôme de Boissy-la-Rivière

Tout est silencieux et nous cheminons à présent au milieu d’arbres et arbustes qui ombragent largement notre draisine. Tour à tour, des odeurs de pin, de forêt et de fleurs prennent mes narines à l’assaut. Si la Juine n’est pas visible, je la suppose d’abord serpentante à nos côtés, puis oublie la rivière et me laisse immerger par ce tunnel de verdure où virevoltent des papillons. En passant devant l’ancienne gare de Boissy-la-Rivière, je me rappelle que je sillonne une voie d’un autre temps. Le quai, totalement envahi par la végétation, laisse entrevoir sa bordure de pierres. J’imagine alors les passagers qui autrefois patientaient ici dans l’attente de leur locomotive.

Le quai de la gare de Boissy-la-Rivière est presque totalement enseveli sous la végétation. Photo LC-M’Essonne

Retour au présent lorsque, au bout de quatre kilomètres environ, une petite côte met mes cuisses à l’épreuve. Heureusement, mon copilote me soutient dans cette ascension de courte durée. En chemin, Philippe Rainsant me livre un secret : « il faut pédaler juste assez pour que l’assistance électrique se mette en route et ainsi ménager ses efforts. » Eurêka. C’est effectivement un conseil bien avisé qui me permettra de faire le reste du trajet sans sueurs malgré la chaleur écrasante.

Une vue de la gare de Boissy-la-Rivière en 1902. Crédit Archives départementales de l’Essonne

La chaleur, ennemie du rail

En chemin, je note tout le travail accompli pour dégager les voies. À cause des températures infernales, certains rails se tordent et forment des courbes qui rompent avec leur tracé normalement linéaire. Loin de faire des montagnes russes, ces incidents créent de petits soubresauts lorsqu’on les franchit. Certaines traverses de bois sont aussi très fatiguées par le temps et nécessitent une maintenance constante. « Nous faisons un trajet de contrôle toutes les semaines pour vérifier la végétation et les rails » m’explique Philippe dont le travail s’avère très compliqué en raison de la chaleur exceptionnelle de ce mois de juillet 2022.

Avec les fortes chaleurs, les rails deviennent très souples et se déforment de façon spectaculaire en quelques heures seulement. Photo LC-M’Essonne

D’ailleurs, juste avant l’arrivée à Étampes, ce jour-là, une traverse a lâché le côté d’un rail, nous obligeant à stopper notre course pour ne pas dérailler. En bon pédagogue, Philippe Rainsant explique à ses clients le fonctionnement d’une voie ferrée, n’hésite pas à répondre aux questions des plus curieux. Je ne semble pas être la seule à découvrir la force incroyable que peut avoir le soleil sur le métal… Cet aléa nous contraint à faire demi-tour un peu plus tôt que prévu et le changement de sens des draisines devient le nouveau spectacle de ce périple.

Le demi-tour s’opère en quelques minutes à peine. Photo LC-M’Essonne

Un plateau pivotant surmonté d’une barre métallique et une longue vis situés au centre du vélorail suffisent à le surélever et le faire tourner en quelques minutes à peine. Nous voilà prêts à redémarrer dans la direction de Saclas, notre point de départ. Pour le chemin inverse, je cède ma place de conductrice et profite de me laisser transporter, à l’ombre des arbres et de la toiture de l’engin.

Des projets plein la tête

À l’arrivée, nous sommes accueillis par Gaëtan, embauché pour la saison estivale. L’étudiant en urbanisme, vivant à Boissy-la-Rivière, se dit ravi de son travail « très plurifonctionnel » pour lequel il doit autant toucher à la mécanique qu’à la réception des clients. D’ailleurs, les prochains attendent déjà le départ de 16 heures, le troisième de la journée.

Le patron du Vélorail de la vallée de la Juine offre une boisson fraîche aux passagers qui, comme moi, ont dû écourter le trajet. La bonne humeur qui a régné dans les différents équipages lors du parcours continue bon train sous les arbres du coin buvette et pique-nique accolé au bâtiment d’accueil. Ici, bientôt, la grande salle rénovée deviendra « un lieu d’exposition et de petite restauration » explique Philippe Rainsant. « Ce sera pour l’année prochaine ou dans deux ans ». L’ancien entrepreneur en optique et électronique de Palaiseau a dû apprendre à se projeter avec prudence avec ce projet : « j’ai eu l’idée de ce vélorail en 2017. Je pensais que ça pourrait se faire en trois ans ; il en a fallu cinq ». Pour ma part, un peu moins de deux heures auront suffi pour effectuer les douze kilomètres du parcours, mais cela aura été suffisant pour une plongée dans la dépaysante nature étampoise. Là où un passionné ressuscite une voie ferrée.

En pratique :
Vélorail de la vallée de la Juine, ouvert du mardi au dimanche jusqu’à fin août ; départ à 10 h, 14 h et 16 heures ; 38€ par véhicule ; renseignements et réservation conseillée sur le site internet veloraildelajuine.fr

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