« Etre, c’est habiter » : L’oeil urbain 2023 regarde au-delà des murs

La 11e édition du festival photographique L’oeil urbain se déroulera à Corbeil-Essonnes, du vendredi 31 mars au samedi 20 mai 2023. « Habiter », la thématique de cette année, n’explore pas seulement les questions liées au logement, mais propose de regarder au-delà des murs et documente les différentes façons de vivre un lieu, une époque ou son être.

Le photographe Sébastien Van Malleghem, en résidence à Corbeil-Essonnes depuis la dernière édition du festival, a orienté son travail sur la question du mal-logement dans la ville du nord Essonne. De ce choix a découlé le thème du cru 2023 du festival : habiter. À travers les clichés des treize photographes exposés dans toute la ville, L’oeil urbain invite à « repenser notre façon d’habiter : habiter un territoire, un espace, son métier, ses passions, son corps, son âge… ». Du Mexique à Corbeil-Essonnes, en passant par Singapour, les « zones à défendre » (ZAD) de France, une maison de retraite, l’Ukraine ou les cabanes dans les arbres, la notion d’habitat se décline et questionne sur le monde actuel.

Quatre murs et un toit

Les travaux de Sébastien Van Malleghem dans la ville organisatrice du festival seront visibles à l’extérieur de l’hôtel de ville. « Démunis » est le titre qu’il a choisi pour cette série de photographies en noir et blanc, prise à la rencontre des sans domicile de Corbeil. « Chaque année, 4 500 demandes de logements sociaux s’égrènent au rythme de 90 attributions annuelles, sous un délai d’attente » introduit le photographe qui a

« arpenté cette commune à la rencontre de ses fantômes : des hommes, des femmes, quasiment devenus des ombres, prostrées sous un arbre ou un pont ; des réfugiés, sans domiciles devenus squatters, qui disputent aux rats le confort de locaux à poubelles ; des parents anéantis, qui abritent le sommeil de leurs enfants sur la banquette arrière d’une voiture… »

Sébastien Van Malleghem a documenté le mal-logement à Corbeil-Essonnes pendant sa résidence photographique. Photo : Sébastien Van Malleghem (à voir à l’extérieur de l’hôtel de ville)

Sébastien Van Malleghem s’est vu refusé l’accès à certains lieux d’hébergement d’urgence, comme des hôtels ou accueils de jour, mais a tout de même pu entrer dans l’intimité de ceux qui rêvent d’avoir quatre murs et un toit, un « chez eux » salubre ou la promiscuité n’est pas la règle.

Entre uniformité et incongruité à Singapour

Élue fin janvier 2023 à l’Académie des beaux-arts, Françoise Huguier est la seule représentante féminine de la section photographique, sur les cinq sièges qu’elle comprend. La photographe a débuté sa carrière en 1976 et a réalisé de nombreuses séries, notamment en Afrique et en Sibérie, qui ont donné naissance à des livres : Sur les traces de l’Afrique fantôme, En route pour Behring, Secrètes ou Sublimes. Ayant reçu de nombreuses récompenses, Françoise Huguier assure aussi le commissariat d’expositions et a bénéficié d’une rétrospective lors de la 34e édition de Visa pour l’image à Perpignan en 2022.

Françoise Huguier est rentrée dans l’intimité des Singapouriens de classe moyenne, logés grâce au HDB. Photos Françoise Huguier (visibles à l’extérieur de la halle du marché)

Dans le cadre du festival L’oeil urbain, ses photographies réalisées à Singapour seront visibles sur la façade de la halle du marché. Avec « HBD à Singapour », elle dépeint le mode de vie, entre uniformité et incongruité, des Singapouriens de classe moyenne, logés grâce au système des « housing development board » (HBD) qui facilite l’accès à la propriété.

Ces autres façons d’habiter

À la MJC-CS Fernand Léger, le photographe Lionel Jusseret dévoile avec « Impatientes » le quotidien d’une maison de retraite. Cet habitat de fin de vie héberge une communauté qui se retrouve en marge malgré elle. Lionel Jusseret l’a suivie pendant deux ans, entre 2018 et 2020.

Vivre dans une maison de retraite représente une autre façon d’habiter un lieu, mais aussi son âge. Photos de Lionel Jusseret (visibles à la MJC Fernand Léger)

La photojournaliste Juliette Pavy a suivi ceux qui ont investi des habitats alternatifs : la zad de Notre-Dame-des-Landes, la communauté d’Eotopia, de Kerterre et celle d’Ecolonie, avec comme point commun, la nature comme cadre de vie. Ses photographies « Vivre dans une zad » seront visibles au théâtre de Corbeil-Essonnes.

Ferhat Bouda a réalisé un travail au long cours sur la culture berbère. Sa série « Les berbères » est à découvrir à la galerie d’art municipale.

La nature est aussi au centre des autoconstructeurs photographiés par Alexa Brunet dont la série « Les habitats alternatifs » sera affichée au Square Céré. Qu’ils aient construit des cabanes dans les arbres ou qu’ils aient investi une grotte, tous font preuve d’une remarquable inventivité au service d’une vie quotidienne qui va à l’essentiel.
Entre la vie passée de sa famille napolitaine et la découverte de la ville italienne, les photographies d’Ulrich Lebeuf, au théâtre de Corbeil-Essonnes, invitent au rêve, questionnent sur l’identité et le lien qui l’unie à un territoire.

Vivre dans les arbres ou dans une grotte : ces habitats alternatifs sont le prolongement d’une pensée et d’un mode de vie. Photo Alexa Brunet (square Crété)

De la guerre à la ville du futur

« Dans un conflit, la question de l’habitat est vitale. La population s’est créé une nouvelle existence, vivant sous terre des mois durant dans les villes où le grondement des bombardements est devenu quotidien », explique le photojournaliste Raphaël Yaghobzadeh. Il a passé sept mois en Ukraine pour Libération ou Le Monde entre février 2022 et janvier 2023, mais arpente le pays depuis déjà de nombreuses années. Dans « Quand la guerre toque à votre porte, Ukraine », l’habitat est détruit, transformé ou reconstruit. « Une des particularités de ce conflit est la rapidité avec laquelle les municipalités ou même certaines personnes ont justement entrepris de reconstruire les maisons et les infrastructures détruites. À Bucha, à la périphérie de Kyiv, où j’ai travaillé longtemps, on ne s’aperçoit pas toujours que la guerre est passée par là tant chacun s’efforce d’en effacer les traces », commente Raphaël Yaghobzadeh.

« Un Ukrainien est assis sur la terrasse d’un appartement dans un immeuble complètement détruit à Irpin, en Ukraine, le 22 juin 2022 », documente Rafael Yaghobzadeh pour Le Monde

Jeoffrey Guillemard, lui, s’est intéressé aux victimes collatérales du narcotrafic au Mexique. « Les déplacés internes du Sinaloas » seront visibles rue du Trou Patrix. Avec « Living lullabies » (kiosque), Hannah Reyes Morales a exploré la résilience dans la vie quotidienne à travers les visages de femmes meurtries au Soudan du Sud et dans les Philippines.
La grande ville intelligente et ultra-connectée de Songdo (photo de Une), en Corée du Sud, est le sujet de la série « Utopie futuriste » de Stéphanie Buret. C’est une atmosphère de film d’anticipation qui sera visible au Square Crété, avec notamment un extraordinaire viaduc reliant la ville à l’aéroport ou sa base même, sur un polder de plus de 600 hectares.

Face à la mer

Yassine Sellame, lauréat du prix de la 4e rencontre photo de Tanger Face à la mer, s’est intéressé au monde du skateboard à Marrakech puis à Casablanca.

Yassine Sellame est lauréat du 4e prix des rencontres photo de Tanger « Face à la mer ». Photos visibles sur le bord de Seine

« Le skate et la photographie sont deux disciplines qui cohabitent et qui alimentent ma créativité. Originaire de Marrakech, j’ai commencé la photographie à la même période où je pratiquais le skate », explique le photographe. Sa série « Skate boarding » (bord de Seine) témoigne « de l’émergence d’une nouvelle génération créative marocaine en devenir ».

En pratique
11e édition du festival L’oeil urbain
, du vendredi 31 mars au dimanche 21 mai 2023, à Corbeil-Essonnes.
Expositions gratuites visibles dans plusieurs lieux de la ville, en intérieur ou extérieur. Accès possible depuis le RER D et visite à pied dans la ville.

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