« Dessein d’Essonne », ou comment l’architecture raconte l’histoire de l’Essonne

Fruit de longs mois de travail et de presque toute une vie de recherches, Dessein d’Essonne, par Franck Senaud, offre un vaste panorama de l’architecture essonnienne entre la fin du XVIIIe et jusqu’au début du XXe siècle. Ce livre dessiné est un puits de connaissances, d’anecdotes, de petites et grandes histoires, pour quiconque souhaite redécouvrir l’Essonne.

Franck Senaud est artiste, docteur en philosophie et professeur à Évry-Courcouronnes, mais on pourrait tout aussi bien le qualifier de « chercheur en Essonne ». Carnet de croquis en main, il n’a de cesse de dépeindre les petits et grands détails qui font le département ou qui ont contribué à son histoire. Pour le studio Déclic, spécialisé dans la photographie et l’impression d’œuvres d’art et situé à Étampes, Franck Senaud est allé encore plus loin dans sa quête d’Essonne. Il a mis de côté son sujet de prédilection, la ville nouvelle d’Évry, pour enquêter sur « ce que l’on ne regarde plus ou mal, des territoires de passage, des vides traversés par des lignes de transport ou d’existences. […] Partager une histoire récente, peu connue, jamais contée », écrit-il en préambule de son ouvrage.

Franck Senaud se qualifie d' »evrymaniaque » tant il aime sa ville, Evry-Courcouronnes, mais il est surtout passionné par son département et ses richesses mal connues. Photo LC-M’Essonne

Franck Senaud a parcouru l’Essonne, fouillé les archives, scruté des cartes postales anciennes, fait parler les mémoires vivantes du département pour consigner dans ce carnet — au-delà de l’histoire architecturale- l’histoire d’une l’Essonne pas encore née puis rêvant de modernité.

Les paysages, les villes et villages d’Essonne se façonnent au fil des décisions politiques et des changements sociétaux, comme lors de la construction des mairies-écoles dès 1850. Extrait de Dessein d’Essonne

De la Seine-et-Oise à la crise de la modernité

Dessein d’Essonne fait la part belle aux illustrations de l’artiste avec 250 dessins et aquarelles. Scènes de vie tirées d’une carte postale, comme cette vue du marché à Essonnes avant 1907, dessins architecturaux d’édifices aujourd’hui disparus, comme les deux hangars pour dirigeables d’Orly détruits en 1944, portraits d’illustres personnages et aquarelles de bâtiments connus ou méconnus, publics ou confidentiels rythment les 84 pages de l’ouvrage.
En 1790, année par laquelle débute Dessein d’Essonne, le département est celui de la Seine-et-Oise, ce « territoire tourné vers Paris » et « lieu de repos de riches Parisiens ». Au fil des pages, on découvre le lien intime qui lie les décisions politiques et la transformation sociétale aux paysages essonniens et à la vie de ses habitants : à la fin du XVIIIe siècle revient le classicisme qui donnera naissance à des édifices inspirés de l’Antiquité à Marcoussis, Ballancourt ou Brunoy ; à partir de 1850, l’État construit des mairies-écoles à Arrancourt, Saint-Escobille, Arpajon ou Corbeil par exemple ; dès 1840, des gares façonnent à leur tour le paysage, avec la première ligne Paris-Corbeil puis arrive dès 1850 l’industrie avec ses ouvriers et leurs maisons populaires à Massy, Athis-Mons ou Palaiseau et plus tard à Villabé, Verrières et Grigny.

Aquarelles et précisions historiques composent l’ouvrage, fruit d’un travail sur le terrain de longue haleine. Extrait de Dessein d’Essonne

« Des périodes de créations industrielles (autour de l’eau, de l’industrialisation, du logement ouvrier) alternent avec des périodes de calme où les seules créations architecturales sont le fait d’amateurs éclairés. il ne s’agit pas de la modernité efficace des grands récits modernes, elle napparaît que par endroits, quelquefois comme une promesse à venir, un laboratoire, quelques fois comme un défi au futur », écrit Franck Senaud au sujet de ce territoire qui, bientôt, lorsque s’achève l’ouvrage, deviendra banlieue. Une autre histoire de l’Essonne à découvrir dans le futur deuxième volet de Dessein d’Essonne.

En pratique :
Dessein d’Essonne — Tome 1. 1790-1929, par Franck Senaud et édité par le Studio Déclic ; 84 pages ; 20 €. Disponible sur la boutique en ligne de l’espace Déclic ou directement dans la boutique.

Au printemps 2022, Franck Senaud avait livré aux lecteurs de M’Essonne les premières démarches de création et de recherche pour mener à bien l’écriture de son livre.
Ses mots, photos et dessins sont à (re)découvrir sur ce lien : Dessein d’Essonne, une résidence racontée par son artiste-créateur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *