Philippe Bellot de l’Opéra de Massy : « On n’est pas là pour avoir des dorures dans les coins et des gens endimanchés »

L’Opéra de Massy souffle sa 30e bougie. Pour l’occasion, Philippe Bellot, le directeur des lieux présent depuis les débuts, en 1993, revient sans détours sur la création du complexe culturel massicois et évoque les enjeux et inquiétudes de l’opéra d’aujourd’hui et de demain.

Rappelez-nous le contexte de création de l’Opéra de Massy.

Philippe Bellot : « Le projet c’était donc 10 000 m² au sol d’une structure culturelle où il y a effectivement l’opéra, mais aussi le cinéma, qui a ouvert en même temps, la médiathèque Cocteau et quelques bâtiments municipaux qui depuis ont été cédés au privé. Tout ça dans un endroit où à l’époque il y avait un bidonville. Je pense que la population massicoise a vu d’un bon œil d’avoir un opéra, une médiathèque et un cinéma qui allaient sortir de terre. Ce qui n’était pas forcément le cas des extérieurs qui, eux, ont dit que c’était un caprice de Claude Germon. On s’est fait déglinguer par la presse locale ou nationale, il y avait eu la Une du Parisien avec “Toutengermon” devant une pyramide comme s’il était un sphinx. Tout le monde s’est dit que c’était une folie de mettre un opéra là. Il faut remettre les choses en place. Il y a 30 ans, là c’était un grand parking. Il y avait déjà le centre commercial et on était face au grand L d’Antony. Pratiquement tous les soirs sur le parking qui était là, il y avait des voitures qui brûlaient et des gamins qui se battaient à coups de barre de fer. On était sur un quartier très sensible à l’époque, vraiment dur. D’une vision extérieure, les gens se sont dit, mais qu’est-ce qu’il va foutre un opéra là, dans le pire quartier de la ville. C’est une folie, les gens ne viendront pas. Il y avait la vision des Massicois et la vision de l’extérieur. Le fait est que germon — on peut dire ce que l’on veut sur le personnage — était quand même un visionnaire. Il ne voyait pas à deux ans, mais à tente ans, la preuve. Il avait fait des pieds et des mains pour avoir la gare TGV et aujourd’hui on peut partir dans toute la France depuis Massy. »

L’opéra fait partie d’un complexe culturel composé de la médiathèque et le cinéma. Photo LL-M’Essonne

À l’heure actuelle, combien de représentations donne l’opéra par an ? Et combien êtes-vous à y travailler ?

« Une soixantaine de représentations et nous somme 23. Au départ on était plus de 50. Il y a eu ce changement parce qu’on a voulu progresser en termes de programmation et notamment de production d’opéra. Maintenant quand on monte une production, c’est vraiment des grosses productions avec de grosses maisons. Il a donc fallu mettre plus d’argent dans les productions. On a aussi voulu faire plus de choses parce qu’avant il n’y avait qu’une trentaine de représentations dans l’année. Comme on n’avait pas de financement, on a rogné sur le personnel. Quand les gens sont partis, on ne les a pas remplacés. Aujourd’hui, on est une toute petite équipe, insuffisante, c’est clair, mais c’est un choix. On pourrait se dire qu’on engage dix personnes de plus. On serait plus à l’aise, mais on pourrait faire moins de choses. »

Aujourd’hui, d’où vient le public de l’Opéra ?

« 30 % de notre public est Massicois, 70 % sont Essonniens. On a eu un gros travail grâce au Conseil général qui souhaitait désenclaver le sud Essonne et qui a mis beaucoup d’argent dans la communication sur l’Opéra de Massy dans le sud Essonne. On a aujourd’hui une forte fréquentation de personnes qui viennent de Dourdan, Étampes, Angerville… Ils ont une offre avec un accès facile sans devoir aller à Paris. Évidemment, on a aussi des gens qui descendent d’Antony, du 92 ou du sud de Paris, parce que l’offre opératique en Île-de-France n’est pas pléthorique. Mais je ne vais pas les chercher. S’ils viennent tant mieux, mais le but premier est de permettre à des gens qui sont éloignés de la culture géographiquement ou culturellement, d’avoir accès à ça. »

La salle bondée lors de la soirée d’inauguration, le 9 octobre 1993. Photo Opéra de Massy

Massy a changé en 30 ans, bientôt il y aura la ligne 18 et le centre Pompidou, il est fort à parier que l’Opéra va participer à ces changements, non ?

« Effectivement, mais ce qui serait à craindre, c’est que l’on reste dans les mêmes niveaux et que l’on ne puisse pas accueillir plus de monde. La ligne 18 va permettre à encore plus d’étudiants du plateau de venir jusque là, l’accessibilité du lieu va être un vrai problème si on ne peut pas offrir plus de places. C’est malheureux parce qu’on se plaint de ne pas pouvoir caser les gens, là où d’autres se plaignent de ne pas pouvoir remplir.

La suite de cet article est réservée aux abonnés.
M’Essonne est le SEUL MAGAZINE indépendant dédié à la culture et aux loisirs en Essonne.
Accédez aux contenus en illimité, SOUTENEZ LE JOURNALISME LOCAL et (re)découvrez l’Essonne grâce à votre abonnement.

S’abonner à partir de 2€ par mois

Déjà abonné ? S’identifier